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Du cannabis dans une tombe sibérienne vieille d’environ 2 800 ans : découverte et débat sur les preuves

AuteurÉquipe éditoriale Aujourd'hui, 10:24 0
Du cannabis dans une tombe sibérienne vieille d’environ 2 800 ans : découverte et débat sur les preuves
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En bref
  • Dans la tombe de Tunnug-1, on a trouvé plus d’un millier de graines de cannabis et des cheveux humains ; l’âge d’une partie des graines a été déterminé par datation au radiocarbone.
  • Les auteurs de l’étude estiment que l’analyse des cheveux indique une consommation de cannabis il y a environ 2 800 ans, mais qu’il est impossible d’établir le mode de consommation.
  • Les experts indépendants ne s’accordent pas sur la valeur des preuves : les critiques évoquent une possible contamination externe des cheveux, tandis qu’une spécialiste favorable à l’étude estime que la méthodologie est solide.

Une découverte dans un ancien tumulus

Dans la tombe monumentale de Tunnug-1, dans le sud de la Sibérie, des archéologues ont découvert des graines de cannabis et des cheveux humains préservés. Les auteurs de l’étude publiée estiment que cette découverte pourrait témoigner d’une consommation de la plante pour ses effets psychoactifs il y a au moins 2 800 ans. Si cette interprétation est juste, il s’agirait d’un témoignage datant d’environ 300 ans de plus que les données connues dans la Chine voisine. Toutefois, la conclusion selon laquelle le cannabis aurait été consommé reste controversée parmi les scientifiques.

Le complexe de Tunnug-1 se trouve dans la vallée d’Üyuk, où est située l’une des plus anciennes tombes monumentales associées à la culture matérielle des Scythes. La source décrit les Scythes comme des nomades qui ont migré d’Asie centrale vers les régions méridionales de la Russie et de l’Ukraine actuelles. La découverte est donc importante non seulement comme preuve d’un possible usage de la plante : elle enrichit également notre compréhension des pratiques funéraires de la communauté qui a laissé dans le kourgane des restes humains, des objets et des matières végétales.

Les fouilles du grand kourgane ont commencé en 2017. Les chercheurs travaillaient dans une région isolée et y passaient plusieurs mois, affrontant marécages, chutes de neige, gelées et nuées de moustiques ; la saison d’expédition s’étendait du printemps à l’automne. Parmi les découvertes figuraient des armes, du harnachement pour chevaux et des objets ornés de représentations animales dans le style caractéristique des Scythes. Dans ce contexte, les petits points noirs ont d’abord pu sembler insignifiants, mais se sont révélés être des graines de cannabis.

Ce que l’on sait des graines et des cheveux

Plus d’un millier de graines ont été découvertes dans la tombe, et l’âge de certaines d’entre elles a été déterminé par datation au radiocarbone. Selon le co-auteur de l’étude, Gino Caspari, les graines ne s’y sont pas retrouvées par hasard : elles ont été intentionnellement déposées dans la sépulture. Cela permet de conclure que la plante avait de l’importance pour les personnes liées au rituel, mais n’explique pas à lui seul le rôle qu’elle jouait exactement. Le cannabis pouvait être associé à la consommation, à des pratiques agricoles ou à des croyances funéraires — les graines découvertes ne permettent pas de trancher.

La proximité des graines avec des cheveux humains préservés confère à cette découverte une valeur particulière. Selon Caspari, il est rare que les archéologues trouvent, dans un même contexte, des restes végétaux et des tissus humains mous contenant des composés actifs. Cette association a permis aux chercheurs d’analyser les cheveux, plutôt que de se limiter à la présence de graines dans la tombe. Mais le caractère rare et instructif du contexte archéologique ne suffit pas à écarter la question de la fiabilité avec laquelle les résultats de l’analyse confirment spécifiquement la consommation de cannabis.

Les auteurs de l’étude relient les données issues des cheveux à la conclusion que des personnes associées au rituel funéraire consommaient du cannabis. Caspari a toutefois précisé qu’il est désormais impossible d’établir la manière dont il était consommé. L’étude ne permet pas de déterminer si les personnes inhalaient la fumée ou ingéraient la plante avec des aliments. La formulation évoquant un usage psychoactif relève donc d’une interprétation de l’ensemble des découvertes, et non d’une description directe d’un rituel particulier ou d’un mode de consommation documenté par les archéologues.

Pourquoi les conclusions de l’étude sont contestées

Le contexte de la découverte permet de la mettre en regard d’informations plus anciennes sur le cannabis, sans pour autant faire des témoignages écrits une preuve définitive. L’article mentionne les récits d’Hérodote selon lesquels, vers 440 avant notre ère, les habitants d’Asie centrale fumaient cette plante. Ces dernières années, des archéologues ont également découvert des graines dans des sépultures des régions montagneuses de la zone. Cependant, les chercheurs actuels ne considèrent pas les textes anciens comme une confirmation suffisante en l’absence de données supplémentaires, et la présence de graines dans une tombe ne prouve pas à elle seule un usage psychoactif.

Des spécialistes d’Allemagne, de Russie, de Suède et de Suisse ont participé à l’étude, dont les résultats ont été publiés dans la revue Science. Les auteurs ont associé le contexte archéologique à l’analyse des cheveux afin de proposer une explication plus précise de la découverte qu’une simple hypothèse de présence de la plante dans la sépulture. Cette approche permet de vérifier des témoignages anciens sur des substances à partir de résidus biologiques. Mais l’interprétation dépend de la possibilité de distinguer les traces de consommation de celles d’un contact avec le cannabis après la mort de la personne.

L’expert indépendant Volker Auwärter, responsable du département de toxicologie médico-légale du Centre médical universitaire de Fribourg, a qualifié l’analyse des cheveux de scientifiquement fragile. Selon lui, les données disponibles ne suffisent pas à conclure que la personne consommait du cannabis. À son avis, ce sont précisément les résultats de l’analyse des cheveux qui étayent les affirmations centrales des auteurs concernant la consommation de la plante et son usage à des fins psychoactives. La faiblesse de cette partie de l’étude, estime le critique, ne concerne donc pas un détail secondaire, mais l’interprétation principale de la découverte.

Importance de la découverte et questions en suspens

Auwärter a également attiré l’attention sur une autre explication possible : des traces de la substance auraient pu se déposer sur les cheveux après une longue période passée à proximité du cannabis dans la sépulture. Autrement dit, selon lui, le signal détecté ne permet pas nécessairement de distinguer la consommation d’un contact externe. L’expert estime qu’il aurait fallu faire appel à des spécialistes en toxicologie médico-légale pour vérifier le résultat et procéder à une analyse en laboratoire. La source ne fait état d’aucune vérification complémentaire de ce type ; cela reste donc l’une des principales questions concernant les éléments probants de l’étude.

Elisa Guerra Doce, de l’Université de Valladolid, n’est pas d’accord avec cette critique. Elle souligne que l’analyse toxicologique des cheveux a déjà été utilisée dans des recherches archéologiques pour détecter des traces de substances psychoactives. Selon elle, la méthode choisie par les auteurs a permis de montrer que le cannabis ne se trouvait pas simplement dans la tombe comme offrande funéraire, mais qu’il était lié aux personnes ayant participé au rituel. Ainsi, les spécialistes ne divergent pas sur la présence de graines et de cheveux, mais sur la mesure dans laquelle l’analyse établit de façon convaincante un lien avec la consommation.

L’interprétation de cette découverte est également compliquée par le fait que le cannabis n’était pas utilisé uniquement comme plante psychoactive : on extrayait de l’huile de ses graines et ses fibres servaient à fabriquer des tissus. Le dépôt intentionnel de graines dans la tombe témoigne de leur importance, sans toutefois permettre d’en déterminer l’usage précis. Des questions restent en suspens quant à la manière dont des traces ont pu se retrouver sur les cheveux et au mode de consommation, si consommation il y a effectivement eu. Cette étude élargit donc la chronologie de l’utilisation possible du cannabis, mais ne met pas fin au débat sur ce qui s’est exactement passé à Tunnug-1.

Source : UNIAN

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