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Verica était-elle une reine ? Un archéologue réexamine le rôle du souverain des Atrébates

AuteurÉquipe éditoriale Aujourd'hui, 10:24 0
Verica était-elle une reine ? Un archéologue réexamine le rôle du souverain des Atrébates
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En bref
  • En 43, les troupes romaines débarquèrent dans le Kent sous le règne de l’empereur Claude
  • Miles Russell avance que Verica, exilé, aurait pu être une femme
  • Les archéologues divergent sur l’interprétation du nom et des représentations figurant sur les pièces

Verica et l’hypothèse d’une souveraine

En 43 de notre ère, les troupes romaines menées par l’empereur Claude débarquèrent dans le Kent. Cette invasion fut un événement majeur de l’histoire de la Bretagne. Aujourd’hui, l’archéologue Miles Russell propose de reconsidérer le rôle de l’un des acteurs ayant précédé cette expédition : selon lui, Verica, traditionnellement considéré comme un roi, aurait pu être une reine. Il ne s’agit pas d’un fait établi, mais d’une hypothèse controversée fondée sur l’interprétation de pièces, de noms et de témoignages écrits.

Verica était un Breton romanisé à la tête de la tribu des Atrébates, qui contrôlait une partie des actuels Hampshire et Sussex de l’Ouest, dans le sud de l’Angleterre. À la mort du puissant chef Cunobelin, le pouvoir passa à son fils Caratacus et Verica fut contraint à l’exil. Il se rendit à Rome et sollicita le soutien de Claude. Russell estime que l’appel de cet exilé a pu contribuer à la décision de lancer une campagne militaire en Bretagne.

Le chercheur estime que sans Verica, l’invasion n’aurait peut-être pas eu lieu, et relie l’hypothèse concernant son sexe à une vision plus large de la politique à l’âge du fer. Si Verica était effectivement une femme, cela changerait la perception non seulement d’un souverain en particulier, mais aussi de la répartition du pouvoir entre les tribus britanniques. La source n’apporte toutefois aucune preuve définitive ni du fait que Verica aurait convaincu Claude de lancer la campagne, ni du fait qu’il aurait été une femme : ces deux idées restent sujettes à débat parmi les spécialistes.

Ce que Russell voit dans les inscriptions et les monnaies

L’un des arguments de Russell porte sur le nom de Verica et les titres latins. Selon lui, les noms latins se terminant par « a » appartenaient souvent à des femmes, bien que cette règle ne soit pas absolue. Le mot Rex figure également sur les monnaies de Verica. L’archéologue fait remarquer qu’à la fin du Ier siècle avant notre ère et au Ier siècle de notre ère, ce terme pouvait désigner les alliés influents de Rome aux frontières de l’Empire. Selon son interprétation, le mot en lui-même n’indique pas clairement le sexe du souverain.

Russell attire également l’attention sur les images figurant sur les pièces frappées sous Verica. Il estime qu’elles représentent une femme nue à cheval et interprète cette figure comme un indice possible du sexe du souverain. À titre de comparaison, le chercheur évoque des pièces de Cunobelinos et de Caratacus : selon lui, les cavaliers nus qui y figurent présentent des traits masculins. Cette comparaison fait partie de son argumentation, mais la conclusion dépend de la fiabilité avec laquelle on peut déterminer le sexe de la figure à partir de l’image.

Une autre partie de l’argumentation porte sur les inscriptions latines abrégées figurant sur les pièces. On les interprétait auparavant comme signifiant « fils d’un tel », tandis que Russell estime qu’elles pouvaient aussi signifier « fille d’un tel ». Il a exposé ses conclusions dans son livre « Caratacus : le grand roi de Bretagne ». Le chercheur s’appuie également sur des travaux antérieurs, menés par lui-même et par ses collègues, selon lesquels les femmes jouaient un rôle important dans la société de l’âge du fer. Ces considérations renforcent le contexte de l’hypothèse, mais ne permettent pas à elles seules d’établir le sexe de Verica.

Pourquoi les spécialistes contestent-ils cette nouvelle interprétation ?

Parmi les spécialistes, il n’y a pas de consensus sur cette nouvelle interprétation. Roger Tomlin, professeur à l’Université d’Oxford, spécialiste des textes latins et de l’épigraphie, rappelle que certains noms masculins latins se terminaient eux aussi par « a ». Il estime toutefois que l’existence de la forme masculine Vericus constitue l’argument le plus convaincant en faveur de l’hypothèse selon laquelle Verica aurait pu être une femme. Cette précision ne tranche pas la question, mais montre que même les indices linguistiques peuvent être interprétés de différentes façons.

Tomlin souligne également le témoignage de l’auteur antique Dion Cassius : celui-ci tenait Verica pour un homme et l’appelait « Bericus ». Russell admet que le nom a pu être déformé : Dion relatait des événements plus de 200 ans après qu’ils se sont produits, et son texte a traversé des générations de copistes et de traducteurs. Mais cette explication reste elle aussi une hypothèse. Tomlin souligne par ailleurs qu’il n’existe pas encore suffisamment d’exemples pour confirmer l’emploi de Rex à propos de dirigeants des deux sexes.

Tomlin doute également que l’image du cavalier confirme que Verica était une femme. Au revers de l’une des pièces, il voit probablement un guerrier torse nu, mais estime qu’un tel détail ne constitue pas un fondement fiable pour tirer une conclusion sur le souverain. Pour établir une analogie, l’archéologue cite les pièces d’or de la reine Victoria : on y voit un cavalier tuant un dragon, mais cela ne signifie pas que Victoria elle-même était un homme. Cette comparaison souligne le risque de confondre l’image figurant sur une pièce avec l’identité de son propriétaire.

Quelles questions restent en suspens

Daphne Nash Briggs, archéologue et spécialiste des pièces de monnaie de l’âge du fer, évalue elle aussi cette hypothèse avec scepticisme. Elle fait remarquer que certaines pièces portant le nom de Verica montrent un cavalier clairement masculin. Sur d’autres, selon elle, c’est peut-être le souverain lui-même qui est représenté en tenue sacerdotale masculine. De plus, sur certaines représentations de la tête et du cou de Verica, Briggs distingue une pomme d’Adam. Ses objections s’appuient sur les mêmes éléments que Russell interprète différemment.

Russell conteste l’interprétation de Briggs : il suppose que l’image montrant une tête et un cou représente l’empereur. Quant à la figure en tenue sacerdotale, le chercheur estime que son sexe et son lien avec Verica sont incertains. Le débat ne porte donc pas seulement sur les pièces conservées, mais aussi sur l’identité des personnages qui y sont représentés. Les éléments présentés ne proposent pas d’explication unique pour toutes les figures et inscriptions ; aucune des interprétations ne dissipe donc, pour l’instant, les doutes de l’autre partie.

Russell reconnaît que son hypothèse peut susciter la controverse, mais estime que le débat est utile à la recherche historique. À l’heure actuelle, le résultat concret de cette hypothèse est une invitation à réévaluer le langage des monnaies et les témoignages relatifs au pouvoir en Grande-Bretagne à l’âge du fer, et non à réécrire définitivement l’histoire de l’invasion. Le sexe de Verica, la signification de Rex dans ce contexte et le lien entre les images des monnaies et le souverain restent des questions ouvertes. En l’absence de preuves supplémentaires convaincantes, l’hypothèse d’une reine demeure possible, mais contestée.

Source : UNIAN

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